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DAVIA
Le Davia amarré au coucher du soleil sur l'Yonne, lumière dorée sur la coque vernie

1929 — 2029

Un siècle de mer, de guerre et de résurrection

Construit à Rosneath en 1929, réquisitionné à Dunkerque en 1940, sauvé à Limay en 1992, repris à Villeneuve-sur-Yonne en 2014. L'histoire complète du dernier Dunkirk Little Ship de plus de 15 mètres en France.

La naissance écossaise

1929

Construit à Rosneath par James Silver Limited

Au printemps 1929, sur les bords du Gareloch en Écosse, le chantier James Silver Limited de Rosneath assemble un yacht à moteur de 15,85 mètres dessiné par l'architecte naval John Bain. Le bateau appartient à la classe Brown Owl, une lignée de motor-yachts élégants connus pour la qualité de leur construction et leur tenue à la mer.

La coque combine trois bois nobles : chêne anglais pour la membrure et la quille, iroko pour le bordage, pin du Maine pour les aménagements. Le pont est en teck, comme la tradition britannique l'exige. À bord, une cloche en bronze gravée Davia 1929, un verre à prisme encastré dans le pont pour ramener la lumière du jour dans le carré, une boîte à pavillons du code international des signaux maritimes.

Premier propriétaire : Sir William « Alec » Coryton, futur Air Chief Marshal de la Royal Air Force, décoré Knight Commander of the Order of the Bath, Chevalier de la Légion d'Honneur, Commander of the Legion of Merit. Dès sa première année, le Davia se distingue : en 1930, sous le commandement de Coryton, il remporte la Andre Gold Cup pour la meilleure performance dans la course Londres-Cowes.

Page de la revue Motor Cruising de 1929 mentionnant le M.Y. Davia
Page de la revue Motor Cruising, 1929 — première mention publique du Davia

L'Opération Dynamo

Mai 1940

Le Davia rejoint les 848 Little Ships

Le 26 mai 1940, l'amiral britannique Bertram Ramsay déclenche depuis Douvres une opération d'évacuation sans précédent : l'Opération Dynamo. Pris en tenaille à Dunkerque par les divisions blindées allemandes deux fois plus nombreuses, plus de 400 000 soldats alliés sont acculés sur les plages, sans abri ni espoir de retraite par la terre.

Les navires de guerre de la Royal Navy sont trop gros pour atteindre les plages. Sir Winston Churchill, Premier ministre, lance un appel : il faut réunir tout ce qui flotte. 848 bateaux civils répondent — yachts de plaisance, chalutiers de pêche, vedettes fluviales, canots de sauvetage, remorqueurs de la Tamise. Le Davia est l'un d'eux.

En neuf jours, du 27 mai au 4 juin 1940, ces Little Ships évacuent 338 226 soldats alliés : 198 229 Britanniques et 139 997 Français. C'est ce qu'on appellera plus tard le Miracle de Dunkerque et qui forgera l'expression Dunkirk Spirit. En 1942, le Davia est versé comme bateau auxiliaire de la Royal Navy à Greenhithe, sur la Tamise.

Le 4 juin 1940, devant la Chambre des communes, Churchill prononce le discours resté dans l'Histoire : « Nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains de débarquement, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines. Nous ne nous rendrons jamais. »

Lire : qu'est-ce qu'un Dunkirk Little Ship ?

Voir le reportage Marine nationale #Dynamo85

Reportage Vladimir Berquez, page officielle Marine nationale française

Pavillon de l'Association of Dunkirk Little Ships
Le pavillon de l'ADLS, porté par les bateaux survivants de l'Opération Dynamo

« En mai 1940, à Dunkerque, mon grand-père a passé deux jours dans l'eau avant d'être sauvé. Il m'a raconté l'incroyable histoire de l'Opération Dynamo. »

Bruno Van Hemelryck

Président de l'association

Les vies multiples

1942 — 1992

De la Tamise à l'épave de Limay

Après la guerre, le Davia change plusieurs fois de mains et change deux fois de nom. En 1954, il est rebaptisé Barracuda. En 1969, il devient Barracuda II et ses deux moteurs Parsons d'origine sont remplacés par des Parsons Engineering Co. de 56,77 chevaux chacun, qui sont toujours en service aujourd'hui.

En 1974, l'Américain John Shelby, administrateur de l'International Herald Tribune à Paris, le ramène en France pour exploiter du tourisme fluvial sur les canaux de Bourgogne. Le bateau quitte alors définitivement les eaux britanniques.

En 1980, revendu encore une fois, il est progressivement abandonné. On le retrouve à l'état d'épave dans le port de Limay (Yvelines) au début des années 1990. C'est là qu'en 1992, Jacqueline et Francis Ruffenach le sauvent. Une anecdote rapportée par Jacqueline raconte la fuite du convoi sur la Seine, intercepté par la brigade fluviale de Paris : « Si je coupe, je coule devant le Trocadéro ! », lance Francis depuis le pont. Le Davia rejoint Migennes pour cinq années de chantier au chantier naval Evans.

La rencontre

Octobre 2014

Bruno découvre le Davia sous une bâche, à Villeneuve-sur-Yonne

Octobre 2014. Bruno Van Hemelryck cherche un bateau-logement. Ancien élève du Prytanée Militaire de la Flèche, fils d'un officier retraité de la Marine Nationale, petit-fils d'un soldat survivant de Dunkerque, il a la mer dans le sang. Au port de Villeneuve-sur-Yonne, il glisse sous une bâche de chantier et découvre un yacht endormi. Francis Ruffenach lui raconte l'histoire complète : l'Écosse, Coryton, Dunkerque.

Bruno tombe sous le charme. Il rachète le Davia et reprend la mission de restauration là où les Ruffenach l'avaient laissée. C'est le début d'une aventure de dix années qui dure encore.

Lire le récit complet de la découverte

Bruno Van Hemelryck, président de l'Association Davia
Bruno Van Hemelryck, ancien élève du Prytanée Militaire de la Flèche, fils d'un officier de la Marine Nationale

« Le bateau était prêt à redevenir beau. Il était comme la chrysalide d'un futur papillon. »

Bruno Van Hemelryck

Sur sa découverte du Davia en 2014

Membre des Dunkirk Little Ships

Septembre 2016

Reconnaissance officielle par l'ADLS britannique

En 2016, Bruno entreprend les démarches pour faire reconnaître officiellement le Davia comme un Dunkirk Little Ship. Après échange avec l'archiviste John Tough et vérification des registres de la Royal Navy, l'Association of Dunkirk Little Ships (ADLS) confirme le statut historique du bateau.

En septembre 2016, le Davia devient membre de droit de l'ADLS, organisation britannique fondée en 1965 et placée depuis 1990 sous la présidence d'honneur de S.A.R. le Prince Michael of Kent. Le bateau est inscrit au registre des Dunkirk Little Ships sous le nom Davia 1929. C'est aussi à cette occasion qu'il est inscrit au National Historic Ships UK sous le numéro 3670.

Lire : comment le Davia est entré à l'ADLS

Le Prince Michael of Kent, président d'honneur de l'ADLS, en cérémonie
S.A.R. le Prince Michael of Kent, Honorary Admiral de l'Association of Dunkirk Little Ships

Bateau d'Intérêt Patrimonial

Octobre 2019

Label français décerné par Patrimoine Maritime et Fluvial

En octobre 2019, sous la présidence de Gérard d'Aboville (premier homme à avoir traversé l'Atlantique à la rame en solitaire en 1980, puis le Pacifique en 1991), Patrimoine Maritime et Fluvial certifie le Davia « Bateau d'Intérêt Patrimonial ». Le label est l'équivalent français du National Historic Ships britannique. Il distingue les navires dont l'histoire, l'architecture et la qualité de la restauration méritent d'être transmises aux générations futures.

Le Davia est désormais triple-référence : PMF en France, National Historic Ships UK au Royaume-Uni, ADLS au sein de la communauté des Little Ships. Une reconnaissance officielle qui change le statut du projet : il ne s'agit plus seulement d'un bateau de passion, mais d'un patrimoine national.

Résurrection

2021 — aujourd'hui

Six ans de chantier, 2 400 heures, l'association naît

Pour structurer la mission, Bruno fonde en février 2021 l'Association Davia sous statut loi 1901 (RNA W832020100, parution au Journal officiel le 9 février 2021). L'association formalise ses missions : restaurer et préserver le bateau, organiser des activités culturelles autour des navires de la Seconde Guerre mondiale, participer aux commémorations, naviguer et entretenir, et préparer le centenaire du Davia en 2029.

Le chantier est colossal. Six ans de travaux, 2 400 heures investies par Bruno. Grand carénage de 24 mois au chantier naval Evans à Migennes : remplacement des bordées et membrures de coque, révision et réparation des deux moteurs Parsons et de leurs inverseurs, découplage et alignement des arbres d'hélice, renforcement des paliers, tourteaux et graisseurs, pompage de cale, anodes, silent blocks, plomberie, électricité 220 V, électronique, antifouling, ponçage, vernis, peinture.

À l'intérieur, les aménagements d'origine 1929 sont conservés : la cloche en bronze, le verre à prisme du pont, la boîte à pavillons du code international des signaux maritimes, les banquettes en cuir du carré, les hublots en bronze. « Dans son jus », comme on dit chez les passionnés de bateaux classiques.

Lire : pourquoi vernir le pont chaque année

Carène et safran rouges du Davia en cale sèche pendant le grand carénage
Le Davia en cale sèche au chantier naval Evans, Migennes — grand carénage 24 mois

Vers le centenaire

Vers 2029

Cap sur les 100 ans du Davia

L'horizon de l'association porte un nom : 2029. Cette année-là, le Davia fêtera ses 100 ans, milestone narratif majeur autour duquel l'association construit son projet de centenaire. Le bateau s'inscrit aussi dans la communauté des Dunkirk Little Ships, dont les grands rassemblements rythment la mémoire de l'Opération Dynamo.

D'ici là, le travail continue : la fin de la restauration du pont, le retour au teck d'origine, l'installation du mât de signalisation de 6,50 mètres, la reprise des navigations de mémoire, l'organisation de visites publiques à Villeneuve-sur-Yonne, et la préparation de commémorations conjointes avec les associations britanniques.

C'est ce projet, vivant, exigeant et en cours, que les dons soutiennent. Chaque don finance une étape concrète de la restauration et la préparation du centenaire.

Le Davia amarré au ponton de Villeneuve-sur-Yonne, ciel bleu
Le Davia, amarré au port de Villeneuve-sur-Yonne — port d'attache permanent

« Faire un don pour la préservation du patrimoine naval transcende la simple contribution financière. C'est un acte chargé d'émotion, une connexion profonde avec notre histoire. »

Bruno Van Hemelryck

Appel au don, association Davia

Pour qu'il fête ses 100 ans en 2029

Visiter le bateau, soutenir la restauration ou simplement nous écrire — chaque geste compte pour la préparation du centenaire.

Lire le journal de bord

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